mercredi 24 juin 2009

Risquer!

Se mettre en route au gré du vent.

Oser l'inattendu.
Celui des fous, des marginaux et des farfelus.

Risquer.
Prendre le défi d'oser la Vie.

samedi 20 juin 2009

Embryon en bourgeon

Il suffira d’un souffle, léger.
Baiser méconnu, pourtant si proche.
Deux vies s’unissent, des corps se partagent.

C’est lorsque la vie germe que la révolution est en marche.
Du premier au dernier instant, tout ne sera que foulée.

Poussière devenue chair.
Désir devenu réalité.
Embryon en bourgeon.

lundi 8 juin 2009

les béatitudes


Heureux les pauvres… Un coupe de tonnerre dans un ciel bleu. Ah mais, ils n’allaient pas laisser passer ça ainsi. La plaisanterie était un peu forte. Il exagérait… Il y avait des enfants à préserver de ces sornettes, où allait-on ?

Hélas les apôtres eux-mêmes allaient avoir bien de la peine à digérer ce découronnement-là, à accepter ce renoncement-là. À l’Ascension, la dernière scène du dernier acte de Son aventure visible avec eux, quelle serait leur parole ? « Quand est-ce qu’on s’installe ? » Douze trônes. Douze bonnes installations spirituelles. Douze confortables céleste récompenses. Douze sièges. Douze palmes ?

Mais le Christ, là-bas, continuait Sa description des attributs de Dieu.

Heureux ceux qui pleurent. Ce qui signifie : Heureux ceux qui sont incapables d’être contents tout seuls, heureux ceux qui ne se suffisent pas, heureux ceux à qui il ne suffit pas de se sauver.

Ne comprenons pas : heureux ceux qui pleurnichent. La joie est aussi un attribut de Dieu. « Père… qu’ils aient la plénitude de ma joie ». Mais il y a une tristesse selon Dieu –Saint Paul en parle- qui consiste à ne pas supporter l’injustice. Et l’injustice c‘est que les hommes se perdent par notre faute. Si devant toute l’injustice, toute l’amertume, toute la misère du monde nous ne sommes pas atterrés de notre inefficacité, nous ne sommes pas dans la Béatitude, nous ne sommes pas dans l’état où cela met Dieu.

Heureux ceux qui ne peuvent pas ne pas être bouleversés par le malheur, par le péché, par la souffrance, par l’ignorance, par l’aveuglement, par l’écrasement des autres, heureux ceux qui sont accablés par leur impuissance à soulager les autres. Heureux ceux qui sont obsédés par le désir de changer le monde et d’aider à le sauver.

Heureux les doux. Ne comprenons pas : Heureux les nouilles. Heureux les doux, cela signifie : heureux les tenaces. Les patients. Ceux qui savent beaucoup endurer, beaucoup souffrir, mais qui ne lâchent pas. Ceux qui savent plier et ne pas rompre au gré de leur colère. Ceux qui savent attendre. Ceux qui savent croire dans les ténèbres à ce qu’ils ont vu dans la lumière.

Un doux c’est le contraire d’un révolté. Le révolté, dans la difficulté, abandonne. Le doux persévère. Les installés, qui sont pourtant aussi toute le contraire des révoltés, abandonnent aussi. Pour d’autres motifs. Ils profitent. Les révoltés tentent de détruire ce dont ils ne profitent pas. Entre les deux, il y a les doux, qui savent qu’ils ne peuvent lâcher à aucun prix, qu’il faut miser sur Dieu, compter sur Dieu, tenir bon et espérer.

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, de cette justice qui en langage biblique est a peu près synonyme de vérité. Justesse. Cette faim-là, cette soif-là, elles vont fameusement nous désinstaller. « Pars, quitte… », il nous faudra sortir, perpétuellement. Sortir : de notre milieu, de nos habitudes, de tout. Il nous faudra faire des choses qu’on a jamais faites chez nous : c’est terrible. Nous n’avons plus où reposer la tête. Plus une approbation, plus un lieu où se sentir encouragé, suivi, porté par un passé rassurant et complice. Ah nous sommes rudement critiqués quand nous nous laissons critiquer par la parole de Dieu. Chacun donne son avis. Défavorable. « A longueur de jour ils me disent : Où est-il ton Dieu ? » (psaume 41). Car les échantillons de Terre promise a fournir pour faire taire l’opposition… Dieu ne les donne généralement pas. Abraham n’y a eu que son tombeau.

Heureux les miséricordieux. Heureux ceux qui savent pardonner. Ce qui revient à dire : heureux ceux qui sont capables d’initiatives. Car il n’y a rien de plus révolutionnaire que quelqu’un qui dans un conflit, tout à coup, pardonne ! Nous avons tous l’habitude invétérée d’être des singes. Il m’a fait ça ? Je lui fais ça. La même chose. Ou l’équivalent. On n’en sortira plus. On a pour toujours établi un cercle infernal où, calmement, froidement, on tourne en rond. Quel progrès pourrait s’accomplir puisque nous avons comme de commun accord, décidé une fois pour toute de rester sur nos positions ?

Il n’y a qu’une seule issue : qu’un des deux ait l’idée prodigieuse de commencer à aimer l’autre qui ne l’aime pas, alors on crée du neuf (…)

Heureux les artisans de paix : heureux ceux qui ne se résignent pas aux états de guerre, aux disputes sans dénouement. Heureux ceux qui ne se résignent pas à dire : « Il n’y a rien à faire ». Qu’on ne s’y trompe pas : paix ne signifie nullement tranquillité (…)

Heureux les persécutés : c’est tout simplement ceux que Dieu a déjà commencé à désinstaller, ceux qui accueillent le libération de Dieu. Ceux que Dieu aime tant qu’Il n’a pas la patience de les attendre plus longtemps : il a tant hâte de les voir, désinstallés, près de lui qu’Il préfère commencer le travail lui-même, qu’Il les désisnstalle lui-même d’urgence ! Et notre enthousiasme à nous jeter dans les bras de Dieu est habituellement si tempéré que la seule chance que cela aille un peu vite est, est en effet, qu’Il nous y jette lui-même (…)

Dieu est don. Le Père n’a joie qu’à donner. Le Fils n’a joie qu’à recevoir et à rendre. « Père, tout ce qui est à toi, est à moi. Et tout ce qui est à moi est à toi. »



Louis Evely, « C’est toi cet homme », pp. 86-93